Caressons nos cicatrices - Kala
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Caressons nos cicatrices
Quand je sortais de l'école, avant de rentrer j'aimais aller au bazar Sainte-Anne, sur la place Sainte-Anne. Le papa du commerçant qui avait dû naitre au 15ème siècle portait toujours la même blouse bleue. Les Majorettes étaient à droite en entrant.
A coté dans l'arrière cour, il y avait un forgeron, au cœur du 3ème arrondissement de Lyon. Quand il a disparu je n'étais pas bien grand.
Le marchand de journaux/librairie/papeterie était à l'angle de la rue Paul Bert et de la rue Baraban. Chez Gravand. Mon argent de poche disparaissait en Bibliothèques Vertes et en Manuels des Castors Juniors. J'en profitais pour regarder Sophie, leur fille. Elle était jolie Sophie.
En face la fromagerie, puis à l'autre angle Hiriart, le boulanger. C'était mon Grand-père qui l'avait formé, comme à peu près tout ce que Lyon comptait de boulangers.
Parfois je poussais jusqu'à la place Rouget de l'Isle, j'aimais les gâteaux de la Petite Chocolatière.
On faisait du sport dans le gymnase de l'Amicale Laïque, juste en face du torréfacteur. On ralentissait toujours le pas en passant devant. Ca sentait bon.
Le bureau de tabac vendait des pétards. C'était interdit de les faire péter. C'était encore meilleur.
Nostalgie benête? Pas vraiment car j'avais les tripes à l'air. Rôtissant au soleil ou gelant dans la neige. Le temps a recousu les plaies, les traces sont encore là. Repenser à cette époque c'est se caresser les cicatrices. Ca ne fait pas de mal, ca ne fait pas de bien, ca fait juste particulier, et ça rappelle qu'on est toujours vivant.
La photographie m'offre le pouvoir absolu de supprimer les humains de mon passé recréé. La caresse des cicatrices en deviendrait presque douce.